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Chapitre 10 : Les lettres

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Fanny se réveille dans son lit entouré de cartons. Une petite déception la gagne, un petit pincement au cœur, en voyant qu’elle est seule, sans cet amant de ses rêves. Mais, elle se lève heureuse, comme si ce nouveau rêve avait vraiment eu lieu. Elle se lève détendue comme si ce merveilleux bain avait vraiment été pris. Elle tire cependant une grimace alors que son corps lui rappelle comment les déménageurs l’ont martyrisé la veille.

 

Elle se lève car elle veut vérifier si cette grande chambre existe réellement. Elle va dans la salle à manger. Elle retire les cartons posés devant le mur qu’elle a cassé. Elle en ouvre plusieurs à la recherche de la lampe torche, et finit par la trouver.

 

Elle passe par ce trou qu’elle a fait. Elle se retrouve à nouveau devant ces deux squelettes, mais cette fois, elle n’a pas peur. Elle s’arrête cependant et se met à leur parler :

  • Bonjour Henry, bonjour Marie-Hélène. Je suis désolée, mais je vais devoir passer. J’espère que nous nous reverrons bientôt dans mes rêves.

 

Elle longe le mur pour essayer de ne pas les toucher. Elle avance doucement, jusqu’à arriver à une porte, celle qui devrait être la pièce de Louise. Elle appuie sur la poignée qui se met à grincer.  Elle doit forcer, les gonds sont rouillés. Elle y va par coups d’épaule jusqu’à ce que la porte cède, laissant échapper une odeur chargée d’humidité. Et elle se retrouve comme dans son rêve. Sauf qu’il y fait atrocement noir. La grande fenêtre a été murée, aucune bougie n’est allumée. Mais, tout le mobilier est exactement à la même place, même cette baignoire qui lui rappelle le corps de Stanislas contre le sien.

 

Fanny se dirige vers la bibliothèque remplie de livres. Elle en prend un qui s’écrase entre ses doigts, avant de tomber en petits morceaux sur le sol. Elle tente avec un autre qui finit de même. Elle essaye encore, mais tous se décomposent par le vieillissement, par le trop d’humidité qui les a attaquée, bouffé pendant des années par des champignons. Et elle essaye encore et encore, en espérant que l’un ne subira pas le même sort. Ses larmes se mettent à couler, de déception, d’espérance envolée.

 

Rien n’est récupérable, elle en crie de désespoir. Elle en pleure jusqu’à ce qu’elle s’arrête sur une découverte. Caché derrière ces œuvres, se trouve une sorte de grande enveloppe en cuir. Elle est rongée par la moisissure, mais ce qui intéresse Fanny est ce qu’il y a dedans. Elle l’ouvre, y découvre un manuscrit dont la couverture est épaisse et magnifique. Recouverte d’ocre, des dorures forment des dessins dessus. Elle le prend, retourne précipitamment à la lumière du jour pour en découvrir plus.

 

La dizaine de feuilles que comportent ce livre est fait dans un papier ressemblant à du parchemin. Les inscriptions ont été mises à la main. Fanny comprend que c’est très ancien, mais est incapable de déchiffrer la moindre lettre. C’est un peu comme s’il s’agissait de hiéroglyphes égyptiens.

 

Elle veut savoir ce qui y est écrit. Elle quitte le manoir pour aller dans un endroit où elle pourrait accéder à internet avec son téléphone. Elle ne s’attarde pas sur les habits : juste la première robe sur laquelle elle tombe, une petite culotte ; elle est pressée. Elle commence ses recherches. Elle se doute bien que c’est en Russe, concordant avec les origines de Stanislas. Peut-être que quelqu’un pourrait l’aider… un antiquaire, justement, dont il a une boutique à Lyon, spécialisée dans tout ce qui se rapporte à l’Est Européen. Fanny ne se pose pas plus de question et fonce.

 

Elle donne un coup de frein brutal sur cette petite route où elle est. Elle vient de voir le radar juste devant elle. A l’allure à laquelle elle est roulait, elle aurait perdu son permis de conduire directement si elle se faisait flasher. Mais, le vieux livre posé sur le siège passager vol, cogne contre le tableau de bord avant de tomber sur le plancher de la voiture. Fanny a peur de l’avoir abîmé en voyant des feuilles qui tentent de s’en échapper. Elle se gare aussitôt sur le côté de la route.

 

Elle prend ce bien précieux, l’ouvre délicatement. Ces feuilles qui sortent ne sont pas celles du livre. Elles proviennent d’une doublure intérieure de la couverture qui s’est déchirée. Elle en tire une doucement, il s’agit d’une lettre manuscrite en langue française. Elle récupère les deux autres : elles sont datées du début du siècle dernier. Elles sont signées, provenant de Louise pour deux d’entre elles et de Stanislas pour la dernière.

 

Le cœur de Fanny s’emballe. Elle est toute excitée, incroyablement curieuse de savoir ce qu’ils se disent. Elle commence par la première dans l’ordre chronologique, elle commence par une de Louise.

 

Monsieur,

Je suis en peine aujourd’hui. J’ai été volée. Cela n’est pas la première fois, mais ils m’ont dérobée mon bien le plus précieux : vos mots que j’avais tant plaisir à lire et relire. Il ne me reste plus que leur souvenir, tout comme celui de vos yeux posés sur moi.

Il doit vous tardez d’avoir une réponse de ma part sur votre invitation à vivre à vos côtés. Mon cœur ne s’affole rien que d’y penser. J’aimerais, je le désire ardemment. Je voudrais passer le reste de mon existence avec vous. Je suis amoureuse, je ne vous l’ai jamais caché même s’il s’agit de la première fois que j’ose vous l’avouer. Mais, vous en savez si peu sur moi, je crains que vous le regrettiez.

Je ne connais pas les raisons qui vous animent à vouloir vivre avec une femme qui vend ses charmes. Cela me permet de m’acheter du pain. Mais, je dois vous confier que j’aime la luxure. Même si mon cœur vous est réservé depuis des mois, je ne pourrais me contenter d’un seul homme. J’ai besoin de sentir de la chair contre les miennes. J’ai besoin que l’on me possède bien plus souvent qu’un seul corps n’est capable.

Voilà, Monsieur, les raisons qui me forcent à refuser. Je ne tiens pas à vous faire de la peine. Je préfère rester en retrait.

Ne m’en veuillez pas, s’il vous plaît. Si jamais vous désirez m’écrire à nouveau, j’en serai très heureuse. Sachez cependant que vous me connaissez aujourd’hui sous un faux prénom, mais à quoi bon continuer à vous le cacher. Celui qui m’a été offert à ma naissance est Louise.

 

Je vous embrasse, mon cher ami.

Adieu, mon fidèle confident.

Votre dévouée Louise.”

 

Fanny est toute retournée. Elle n’imaginait pas un instant que cette femme puisse être une prostituée. Elle tremble d’envie de connaître la suite, de savoir comment cela se termine. Elle sait déjà que Louise a épousé Stanislas. Quels sont éléments qui ont tout fait basculer ?

 

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