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Chapitre 13 : Le trésor

A Travers Le Miroir Le Tresor 

“Monsieur,

 

Veuillez me pardonner d’avoir pris autant de temps pour vous répondre. Votre dernière lettre m’a torturée. Je ne sais pas quelle sorte de confiance vous avez pour me révéler un tel secret alors que je ne suis qu’une putain. Merci, merci du fond du cœur, je le garderai en moi.

 

J’accepte toutes vos conditions sans hésitation. J’accepte de vivre à vos côtés jusqu’à la fin de l’éternité. Venez me voler à cette vie ce jeudi prochain. Je vous attendrai sur le pont dès le petit matin, celui où nos regards se sont croisés pour la première fois. Je vous attendrai durant toute la journée s’il le faut. Il me tarde de vous retrouver.

 

Ne soyez pas inquiet sur une envie de descendance. J’ai enfanté il y a plusieurs années. Il m’a été raconté qu’elle a quitté notre monde quelques jours après sa naissance. La douleur ressentie est toujours présente depuis. Je ne tiens pas à ce que cela se reproduise, je n’y survivrai pas.

 

Vous me comblez de bonheur,

Votre Louise à tout jamais.”

 

Fanny reprend sa route pour aller chez l’antiquaire. Elle a les larmes aux yeux. Elle se met à la place de Louise qui a perdu son enfant peu après sa naissance. Elle se demande dans quel état elle serait si cela lui arrivait. Elle s’est toujours imaginée mère plus tard, mais n’a jamais rencontré un homme qu’elle aimerait comme père. Fabrice ne fait pas exception à la règle.

 

Elle avance jusqu’à Lyon. Elle perd du temps à trouver à se garer. Mais, enfin la voilà devant la boutique avec le livre entre les bras. Il est marqué “En liquidation” sur la devanture, elle entre sans y prêter attention. Plusieurs clients sont présents, elle se dirige directement vers le comptoir. Un vieux monsieur s’y tient, elle lui dit alors qu’il ne lève même pas les yeux vers elle :

  • Bonjour, j’ai un livre…
  • Désolé, je n’achète plus rien. Je ferme la boutique ce soir.
  • Ce n’est pas pour vendre. Mais je crois que vous pourriez m’aider à comprendre ce qu’il y est marqué. Je crois que c’est en russe.
  • Allez voir un traducteur.

 

Fanny ne lâche pas l’affaire, ne tient pas à avoir fait le chemin pour rien. Elle pose le manuscrit sur le comptoir et le pousse jusque sous les yeux du monsieur qu’il n’a toujours pas levés. Il semble finalement regarder, et d’un coup, il lève la tête vers la jeune femme. Il revient à ce livre, pose une main tremblante dessus, caresse doucement la couverture. Il l’ouvre, consulte les pages, le retourne. Et il le repose, s’adresse directement à Fanny :

  • Où avez-vous eu ça ? Il est magnifique, dans une qualité de conservation incroyable. Mon dieu… je ne savais pas qu’un tel ouvrage de cette époque puisse encore exister… Je vous en offre 5 000 euros.
  • Mais…
  • Ne négociez pas, s’il vous plaît. Je sais qu’il vaut infiniment plus, mais c’est tout ce que je peux me permettre.
  • … Je ne cherche pas à le vendre. Je veux juste savoir ce qu’il y a écrit dedans.
  • Ooohhh, pardon. Je… vous rendez-vous compte de ce que c’est ?
  • Pas vraiment en fait.
  • Là… regardez là… c’est le sceau du Tsar Ivan IV, mieux connu sous le nom de Ivan le Terrible. Ce manuscrit a 500 ans… c’est incroyable, il en paraît bien moins.
  • Mais, vous pourriez traduire ce qui y est écrit ?
  • Ben… c’est de l’ancien Russe… Je… je ne suis pas certain. Il va me falloir un peu de temps… Je… je crois que… allons dans l’arrière-boutique, nous y serons plus tranquilles.
  • Et les autres clients ?
  • Hein ? Mon petit-fils s’en charge. Il n’y connait rien en antiquité mais peut faire vendre n’importe quoi à n’importe qui.

 

Et elle s’installe sur un tabouret à côté de la porte de cette salle sombre sans fenêtre, juste éclairée par une lampe de bureau posée sur la table devant laquelle le vieil homme s’est assis. Elle le regarde sans bouger, sans dire un mot. Il griffonne sur un papier. Il barre, recommence. Il marmonne en même temps. Fanny attend avec impatience, mais sans le montrer.

 

Puis, enfin, le vieil homme fait :

  • Je crois que j’y suis.

 

Elle saute du tabouret, et d’un pas, se retrouve au niveau du bureau où elle pose ses mains, se penchant un peu, faisant face à cette personne, les yeux grands ouverts montrant son envie de savoir. Il reprend :

  • Je n’ai réussi à traduire qu’une partie, mais je sais de quoi il s’agit.
  • Et ?
  • Je n’avais jamais entendu parler d’une telle histoire dans la culture Russe.
  • … Mais encore ?

 

Et la porte derrière elle s’ouvre. Une voix d’homme, qu’elle pense assez jeune bien que grave, dit :

  • Papy… oh, pardon, je dérange.

 

Fanny se refuse de se retourner. Cette voix lui donne déjà l’envie d’en connaître plus sur lui. Elle se refuse de se retourner car elle a peur de croiser le regard, d’y lire en lui une attirance. Elle risquerait de se laisser aller. C’est déjà arrivé par deux fois aujourd’hui. Alors, elle ne se retourne pas bien que ses jambes s’écartent un peu, bien que ses reins se creusent doucement, au cas où il veuille d’elle à cet instant, prête à le recevoir.

 

Le vieil homme fait :

  • C’est bon, on a presque fini.
  • C’était pour de te dire qu’il est 19 heures passés. Je ferme la boutique ?
  • Déjà si tard ? Il reste des clients ?
  • Non, mais on a bien vendu.
  • D’accord, ferme et tu peux partir.
  • Demain 8 heures pour récupérer ce qu’il reste ?
  • Oui, 8 heures. Ne sois pas en retard cette fois.
  • Bon ben, bonne soirée… Heu... Au revoir, madame.

 

Elle ne répond pas. Rien que le fait qu’il vienne de lui adresser la parole lui a rallumée le feu dans son ventre. C’est incompréhensible. Elle se demande si Louise réagissait de la même façon.

 

La porte se ferme. Fanny reprend ses esprits, et :

  • Alors, ça dit quoi ?
  • Il s’agit d’une croyance après la mort… J’en ai le souffle coupé. C’est magnifique. Ce livre est magnifique.
  • … Mais… vous faites exprès ou quoi ?... Ça dit quoi exactement ?
  • Oh, pardon. Alors, voilà.

 

Fanny écoute les explications. D’après le manuscrit, il est indiqué que l’âme part dans le corps de son descendant le plus proche afin de continuer à vivre le temps que les portes du monde des morts s’ouvrent pour l’y accueillir. Mais, s’il n’y a pas de descendance, alors, l’âme reste coincée entre la vie et la mort à tout jamais.

 

Fanny demande :

  • Et qu’en est-il des âmes qui sont dans le corps d’une personne, mais qu’elle n’a pas de descendance ?
  • Ecoutez, ma petite dame... Le texte est très compliqué. Je n’ai pas réussi à bien tout comprendre. Mais, ce dont je suis certain c’est qu’une seule âme reste bloquée. Je crois que les autres reçoivent une sorte de grâce pour avoir guidé la dernière… je ne sais pas vraiment ; je n’ai pas compris cette partie du texte.
  • D’accord… ok. Est-il marqué quand ces portes du monde des morts s’ouvrent ?
  • Là non plus, ce n’est pas bien clair. Il semblerait qu’un accord ait été passé entre Dieu, celui de la religion chrétienne, et Péroune, son équivalent dans la mythologie slave, à la suite d’une guerre entre eux lors de l’instauration du calendrier Grégorien. Sachez que le calcul des années bissextiles dans le calendrier Grégorien n’est pas le même que pour le calendrier Julien. Ce serait ainsi lorsqu’il y aurait une sorte de concordance entre les deux que les portes s’ouvrent.
  • Et, ça arrive tous les combien de temps ça ?
  • Je ne peux pas vous le dire… mais au mieux tous les cent ans. Cependant, il est clairement indiqué que c’est le jour de Noël.
  • … Parce que le 25 Décembre est la naissance de l’enfant de Dieu ? Sa propre descendance ?
  • Possible. Mais, dans le calendrier Julien, Noël se fête le 7 Janvier. Je suis désolé de ne pouvoir vous en dire plus. Ce texte est très compliqué à comprendre.
  • Merci, c’est déjà beaucoup.
  • Et… eux… vous ne voulez vraiment pas me le vendre ?
  • Non, je suis désolée. J’y suis attachée.

 

Fanny part. Elle comprend pourquoi Stanislas serait coincé n’ayant pu avoir d’enfant. Certainement que Henry et Marie-Hélène n’en ont pas eu non plus. Louise en a eu un mais mort bien longtemps avant elle. Alors, pourquoi n’est-elle pas avec eux ? Où est partie son âme ? Sa lettre d’adieux indique qu’elle croyait à cette histoire de vie après la mort. Elle était convaincue de retrouver son amoureux.

 

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